Une vocation contemplative au cœur des villes

« Nous avons besoin de reconnaître la ville à partir d’un regard contemplatif » (1)

Cette invitation du Pape François dans son exhortation apostolique « Evangelii Gaudium » ne peut que m’interpeller: en effet, je désire vivre « au cœur de la ville au cœur de Dieu ». Ce qui me touche plus particulièrement est le thème du regard.

De la lecture du recueil de messages du Cardinal Bergoglio – devenu le Pape François- intitulé « Dieu dans la ville », j’ai retenu à la fois la nécessité d’avoir une vision pour la ville et l’efficacité même du regard que l’on porte sur elle. L’être humain agit à partir de ce qu’il conçoit en esprit. Il cherche à réaliser la vision qui l’habite. Ma tâche est de nourrir mon regard sur la ville – ses habitants, ses structures, ses communautés, sa culture plurielle, son espace – par la Parole de Dieu, de ressourcer mon espérance pour elle dans la vision que Dieu lui-même a d’elle. Au fondement de mon agir quotidien est un regard visionnaire, inspiré et soutenu par la Parole du Seigneur:

« Je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu; elle s’était faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes » (Ap 21, 2-(3) » 

 Ma tâche est de croire qu’Il habite la ville. Et c’est une joie, c’est la joie des surprises de l’Esprit Saint ! J’ai à me laisser surprendre par l’Esprit : « Cette présence ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée » (2). Petit fioretti:

Agent du SPVM (3)  ou agent de communion ?

Quel code ingénieux que ces lumières tricolores pour la sécurité et la paix de la cité ! Mais voilà que brille une lumière plus radieuse encore au coin de la rue : une femme qui, chaque matin, donne sourires, paroles, affection, aux enfants ou aux parents qui se rendent à l’école. Agent du SPVM ou agent de communion dans cette « Jérusalem » de la terre « où tout ensemble fait corps » (ps 121 (122)) ? Tout dépend du regard !

Tout dépend du regard…donc tout dépend du cœur ! Tout dépend en cela de ma conversion, vécue dans et aussi à travers la réalité de la ville.

« Livre de vie » des fraternités monastiques de Jérusalem no 130:

            « Au fil des jours, la ville t’éprouvera, te purifiera, te sanctifiera. Et toi, comme   Dieu, tu l’épouseras. Elle a autant besoin de toi que tu as besoin d’elle. »

 Au fondement de ma conversion de chrétienne citadine, la ville !

Un exemple sur le vif:

Un coup d’œil à droite, un coup d’œil à gauche, personne. La lumière est rouge, mais je donne un bon coup de pédale et traverse la rue. Mon objectif : me rendre au travail le plus vite possible ! Et j’entends au dedans de moi : C’est par son obéissance que le Christ à sauvé le monde… Probablement quelques mots d’une hymne chantée le matin même aux Laudes. J’ai compris : désormais, je choisis l’obéissance à cette convention civile non seulement pour ma sécurité et celles des autres, mais pour m’unir de cœur à l’obéissance du Christ. Lui fécondera cet acte, en soi très ordinaire: il fait feu de tout bois… Objectif : le salut de la ville !

Je m’explique. Le but de la vie chrétienne selon plusieurs Pères de l’Église, Cassien notamment, est la pureté du cœur. « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu !» (Mt 5, 8). La ville offre toutes sortes d’occasions qui réveillent des zones encore enténébrées de mon cœur : des nostalgies qui me referment sur moi, des désirs trop impérieux de satisfactions devenues creuses lorsqu’elles sont prises dans une dimension uniquement immédiate (alimentaires, affectives)… Elle me donne ainsi l’opportunité d’offrir consciemment et précisément ces dimensions de moi-même pour être purifiées dans le cœur de Dieu. Et ma prière et le témoignage simple que donne ma vie participent à la sanctification de la ville! La ville réveille aussi le goût de la solidarité et du partage, ainsi que le désir de communion, qui m’habitent. Elle m’appelle au don de moi-même et à l’amour pour ceux qui m’entourent… que j’aime humainement en communion avec Dieu, et que Dieu aime divinement à travers moi. Et je reconnais là l’œuvre de l’Esprit en moi qui, d’une certaine manière, passe par la ville !

(1)     Exhortation apostolique Evangelii gaudium du Saint-Père François, no 71
(2)     Ibid.
(3)   SPVM : service de police de ville de Montréa

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