Tour de cloître

Je n’ai pas grandi avec la fibre religieuse, mais j’aurai toujours l’heureux défi de m’expliquer pourquoi la vie de moine a pu résonner autant dans mon esprit de séculier. C’est peut-être les processions feutrées du cloître qui m’hypnotisent. Ou plutôt, tout le secret réside au sein des Complies, cet office parfait, qui m’ensorcellent plus qu’une berceuse calme et rassure un enfant apeuré. Ou encore, il s’agit de la fraternité silencieuse qui transpire au déjeuner comme à la nef en passant par la récréation. Ou bien, cela tient de la beauté d’un monastère au crépuscule, d’orgue et d’encens et d’aspersoir, du capuchon fabuleux de l’habit, puis de l’Absolu que les cloches de l’office ponctuent. Oui, c’est un peu tout ça. Ma démarche monastique a reposé sur le sensible davantage que sur l’intellect : il y a tant de notions du christianisme qui m’échappent encore, mais peu d’impressions monastiques me sont désormais étrangères. Même en si peu d’heures au total je m’en suis imprégné si fort. Dans un univers parallèle, je suis sûrement un moine à Saint-Benoît-du-Lac. Dans celui-ci, je suis un jeune homme bien ordinaire qui ai décidé de m’inspirer de l’héritage bénédictin pour mieux vivre et mieux saisir ce que signifie exister. Me voilà outillé, de coeur, d’esprit, d’espoir, de foi, de poésie sans nul doute. Mais par-dessus tout, il y a une chose en particulier qui me soulage. Dorénavant, je saurai quelle est cette voix de la louange qui grimpe quelquefois dans mes pensées : c’est juste le petit moine qui sommeillait en moi tout ce temps, et que j’abriterai maintenant au long de mes jours.

 C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai le souhait de devenir oblat séculier, afin d’avoir un pied dans le monde et un autre dans le cloître, ou plutôt dans l’esprit du cloître. Cette vocation me permettrait de continuer à vivre mon lien spirituel avec la communauté bénédictine qui m’a accueilli, tout en essayant de frayer ma place en dehors de la clôture monastique. Je ne vois pas de meilleure solution et de plus précieux remède à mes velléités religieuses, dans un siècle qui a besoin de lumière nouvelle.

 

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