Accompagnement
Quelques questions spécifiques sur l’accompagnement (Partie 3 de 3)

Quelques questions spécifiques sur l’accompagnement (Partie 3 de 3)

J.T. : Récemment, j’ai entendu cette question que je me permets de te poser : Peut-on demander à un ami ou une amie d’être son accompagnateur spirituel ?

D.R. : Il faut faire des distinctions entre amitié spirituelle, direction spirituelle et accompagnement spirituel. Ce à quoi on adhère quand on va voir un professionnel, il faut y adhérer aussi quand on pense à un accompagnateur ou une accompagnatrice spirituelle. Irais-je confier à mon ami médecin ou mon amie infirmière mon souci de santé ? Il y a un problème de dynamique relationnelle. Si c’est une amie, il y a de très bonnes chances qu’elle offre des conseils, mais elle n’aura pas l’objectivité nécessaire pour me traiter puisse qu’elle me connait et fait partie de mon réseau. Quand tu regardes les codes d’éthique des associations qui font de l’accompagnement, que ce soit spirituel ou thérapeutique, ils disent que tu ne peux pas accompagner un ami. Si une amitié se tisse, elle ne peut se vivre que deux ans après que la relation professionnelle soit terminée.

J.T. : Donc une amitié spirituelle apporte d’autres choses qu’un accompagnement spirituel?

D.R. : Exactement. Dans une amitié spirituelle, il y a un partage où une personne partage ce qu’elle vit spirituellement avec un ami: ses luttes, ses joies, les enjeux, ce qui la stimule et la touche et même les questions éthiques qui sont au cœur de son développement spirituel. Par ex. : « Moi, mon Église dit ça, mais moi personnellement je pense ça.»  « Moi, mes valeurs sont ça, mais dans le concret mon comportement est contradictoire. » Avec un ami, il y a une mutualité dans le partage. Cela veut dire que tu as accès à l’expérience de l’autre. C’est une manière unique d’entrer en relation avec Dieu. Dans l’accompagnement, tu n’as pas accès à l’expérience spirituelle de l’accompagnateur. Il ne se révèle pas ainsi.

J.T. : Si un accompagnateur commence à révéler ses expériences ou se confier, comment peut-on le recevoir?

D.R. : Partager ses expériences oui mais se confier, non jamais! Ça serait inadéquat de partager ses expériences si ce n’est pas fait avec le but de dédramatiser et/ ou d’illustrer afin de faire avancer la personne accompagnée. Comme toute révélation dans une relation d’aide, l’accompagnateur doit se demander : le fait-il parce qu’il a besoin de se dire ou pour faire grandir l’autre? Quand l’accompagnateur dit souvent dans l’accompagnement « J’ai vu tel type de personne ou j’ai vécu telles expériences » d’une manière disproportionnée, la personne accompagnée vient à penser que le message sous-jacent est qu’il faut être spirituel à la manière de l’accompagnatrice. Cela ne laisse pas l’espace à la personne de découvrir son propre chemin spirituel. C’est dire à la personne : « Moi, je l’ai résolu comme ça, donc si tu ne le résous pas comme ça il y a un problème ». Je ne suis pas en train de dire que se révéler est une mauvais chose. Le critère du jugement sur cette question est plutôt : pourquoi cela est-il fait? À quelle fréquence? À quel niveau de profondeur? Cela va avoir un impact direct sur la qualité de l’accompagnement. Pour ce qui est de se confier, l’accompagnateur ne doit jamais le faire avec un accompagné mais seulement avec son propre accompagnateur.

J.T. : Tes différentes réponses (voir les précédents articles) me donnent l’impression qu’on ne peut pas voir l’accompagnement spirituel comme notre moment spirituel du mois. Faut-il être dans un cheminement spirituel « tout le temps »?

D.R. : L’accompagnement spirituel est une réflexion sur ce qui se passe dans ta vie de prière dans un sens large. C’est quand tu t’assois et que tu pries, mais cela concerne aussi les autres moments où Dieu essaie de te faire signe. Ça peut être une expérience spirituelle profonde lors d’un concert jazz. Ça peut être des expériences extrêmes : deuil d’une personne, perte de travail, changement de lieu géographique, un moment fort de rencontre, une expérience pendant la messe ou un weekend de ressourcement, etc. Toute la pâte humaine des expériences vécues est un lieu où Dieu peut nous parler. L’accompagnateur est là pour aider à voir où Dieu était présent et ce qu’il tente de communiquer dans ces moments. Il y a une réflexion sur l’expérience au cœur de l’accompagnement, mais cette réflexion est aussi vérifiée à l’intérieur de la tradition spécifique et des valeurs de la personne accompagnée.

J.T. : Y a-t-il des dangers à l’accompagnement ou des signes qui devraient nous préoccuper?

D.R. : Pour favoriser une bonne relation d’accompagnement et éviter des risques, il est conseillé d’établir une entente dès le début sur la fréquence et la durée des rencontres. Il est aussi important d’assurer une saine distance dans l’accompagnement. Il est fortement déconseillé d’être accompagné par un supérieur, une directrice ou un autre membre qui porte d’autres chapeaux dans une communauté de vie qui a un impact direct sur le vécu quotidien de l’accompagnée. Aussi, je me méfie des personnes qui interdisent formellement aux personnes accompagnées de se confier à d’autres ou d’aller voir d’autres professionnels de la relation d’aide qu’eux-mêmes. Ceci indiquerait une emprise qui pourrait être très malsaine. Il est important que la personne se sente libre de croître ailleurs ou autrement que dans la relation d’accompagnement spirituel.

Il faut aussi porter attention aux types d’accompagnateurs. Si tu vas voir un moine, mais que tu es attiré par une vie dans le monde, il va falloir que tu trouves quelqu’un qui saura t’accompagner en tenant compte de ton profil, de ta réalité humaine et religieuse. Autrement dit, il faut avoir un certain niveau d’aisance, un déclic, avec la personne. Il faut qu’elle soit compétente et qu’elle ait une bonne maturité spirituelle. Elle doit également continuer son propre cheminement. L’accompagnateur ne doit pas se laisser miroiter en toi ou t’accompagner parce qu’il t’aime bien ou que tu lui apportes quelque chose; il est là pour toi et non toi pour lui.

Le défi est de trouver un accompagnateur ou une accompagnatrice qui va être un bon arrimage avec ta personnalité et les besoins que tu as à ce moment de ta vie.

Il est parfois très utile d’avoir un but assez clair et voir ce qui t’habite. Cela peut être une question éthique tel que : «J’ai une orientation sexuelle qui me rends mal à l’aise avec ma relation avec Dieu.» C’est une question où le contrat spirituel à prendre au début est très important, car il faut que l’accompagnateur ou l’accompagnatrice se dise prête à t’accompagner en tenant compte de tes objectifs même s’ils sont parfois un peu vagues. Préciser ses motivations pour l’accompagnement aide aussi à faire correspondre le besoin de rencontre aux buts et aux questions de fond qui sont abordés avec le temps nécessaire pour que la relation soit féconde. Tenter de démêler sa relation avec Dieu par rapport à un deuil ou une crise de foi ne prendra pas le même temps que de discerner entre la vie religieuse ou le mariage. Si c’est pour être prêtre, religieux, religieuse, laïc engagé, c’est un accompagnement plus soutenu et sur une plus longue période qui est exigé. Cet accompagnement est aussi recommandé dans les périodes les plus intenses, le temps de formation pour se préparer à un ministère ou dans une période de conversion par exemple.

Une question à poser à l’accompagnateur est : Êtes-vous accompagné? C’est une façon de savoir qu’il est toujours en cheminement et cela assure qu’il est sérieux dans son accompagnement. Sans ce travail dans l’accompagnement, le tonus spirituel de l’accompagnateur se perd. C’est le même principe que le tonus physique lorsqu’on arrête d’aller au centre de conditionnement.

J.T. : Que souhaiterais-tu communiquer comme mot de la fin?

D.R : Parfois on vit des expériences fortes. Dans la littérature, j’ai lu qu’un des tabous sociaux des années passées était la sexualité et on allait en parler dans l’accompagnement thérapeutique. Maintenant ce sont les expériences spirituelles et religieuses qui sont taboues. Ça peut être vivre une expérience forte lors d’un décès et ou de recevoir un message, mais ne pas pouvoir le communiquer dans son entourage par peur d’être jugé. Ce peut être de te sentir très proche de Dieu ou vouloir te réengager en Église et ne pas pouvoir en parler par ce que les gens vont me trouver bizarre ou vieux jeu. L’espace privilégié qui demeure pour parler de ces choses c’est l’accompagnement spirituel. C’est un espace privilégié pour aborder les non-dits et les interdits que nous dictent la société ou notre entourage sur la dimension la plus belle et la plus profonde en nous : notre relation avec Dieu!

Pour aller plus loin, visitez : www.danielrenaud.org
Spiritual Directors International : http://www.sdiworld.org

Reproduit du blogue de P. Daniel Renaud, o.m.i., avec sa permission. Tous droits réservés.

Partager cet article

Articles connexes

Commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publié. Tous les champs identifiés par un astérisque * sont obligatoires