La famille, lieu de relations

Nous savons bien que la vie de famille n’est pas toujours rose. L’Ancien Testament met en scène des histoires de familles concrètes qui sont assez scabreuses: conflits, meurtres, jalousies. Pensons aux familles de Noé, de Jacob, de Moïse, de David… Pourtant, ce sont au sein de ces familles que l’histoire du salut se déploie. Certes, la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph est exemplaire à plus d’un titre, non pas comme modèle socioculturel, car la société change, mais comme modèle de foi, d’espérance et d’amour. 

Une communauté en croissance

On peut définir la famille comme une société d’échange où les parents et les enfants sont en interaction. C’est le lieu du quotidien ordinaire, des petits gestes répétitifs qui tissent la trame de notre humanité. En d’autres mots, c’est un système de relations plus ou moins durables qui influencent chacun des membres. Cette définition assez large englobe toutes les familles, qu’elles soient traditionnelles, monoparentales ou reconstituées. Lors de la 70esession des Semaines sociales de France, qui s’est déroulée en 1995, on définit aussi la famille comme « une société en miniature où se tissent les liens de l’amour de l’autre et où ils se concrétisent en fidélité, solidarité, pardon »

La famille, lieu dynamique de croissance et d’interactions quotidiennes, vit des passages, des mutations. Ouverte sur un environnement communautaire, elle est en quelque sorte une unité de base fondamentale de la société et de l’Église. Elle s’insère dans d’autres réseaux de solidarités comme les paroisses, les mouvements sociaux, les activités caritatives et sportives. Ce qu’elle vit se reflète sur la société, et ce que vit la société influence aussi la famille.

La famille, étant un corps social en devenir, peut être le lieu où l’on accueille l’autre dans sa fragilité et sa faiblesse, le lieu où il fait bon vivre dans l’écoute, le respect et le pardon. L’idéal évangélique y invite fortement. Même si les enfants n’ont pas choisi d’être là, ils peuvent vivre heureux et autonomes, tout en faisant leurs propres apprentissages. Par contre, le manque d’amour provoque à coup sûr une grande insécurité chez l’enfant. La famille peut ainsi devenir le lieu de toutes les violences.

Malgré tout, la famille demeure la première école de vie et d’amour, le lieu par excellence de l’humanisation où l’on apprend à dire « bonjour » et « merci ». Il y a un va-et-vient constant d’amour, un mouvement du dedans vers le dehors, une complicité entre les membres qui font que la famille existe. Et parfois le Christ y est accueilli à la première place, surtout lorsque la famille prie. Il accompagne à sa manière les parents et les enfants dans leur mission d’amour, souffrant et riant avec eux, comme il l’a fait avec Marie et Joseph.

Un lieu théologique et d’évangélisation

Trois aspects caractérisent idéalement la famille chrétienne. Elle est un lieu théologique où Dieu le Père se révèle en son Fils et invite chacun à la sainteté. Le Dieu créateur continue sa création dans la paternité et maternité humaine. La famille est aussi une église domestique où le Christ se communique dans le concret des réalités terrestres. Le Fils sauveur continue sa Rédemption à travers les limites de toute famille. Enfin, la famille est un lieu d’évangélisation par l’exemple où le témoignage de la foi peut être partagé comme un désir de vivre. L’Esprit sanctificateur continue sa Pentecôte en bâtissant la communion entre les époux et les enfants. La famille n’est plus modèle de quelque chose mais image de quelqu’un, un Dieu Père révélé en son Fils Jésus par l’Esprit Saint. La nouveauté de ce Dieu-Trinité, ce Dieu-Famille, résiste à toutes les formes d’existences familiales.

L’Église n’est pas seulement une bâtisse où l’on se réunit pour célébrer sa foi. Elle est là où des baptisés croient au Christ. Peut-on penser que cette communauté de croyants n’est pas seulement à l’église mais aussi à la maison, appelée « église domestique », parce qu’elle révèle l’Église dans sa nature profonde qui est communion et famille, communauté de grâce et de prière? Pour Paul VI, la famille est « un espace où l’Evangile est transmis et d’où l’Evangile rayonne ». (Evangelii nuntiandi , no 71.)

Jésus et l’accueil du petit

Jésus n’a pas glorifié la famille, il ne l’a pas dénigrée non plus. Il n’esquisse aucun modèle idéal de la famille, mais il inaugure dans l’histoire un nouveau type de relation. Son rêve est que l’humanité soit une immense famille où tous s’aiment les uns les autres. Cependant, il va exalter les petits, les faibles, les enfants, parce qu’ils sont justement des signes de ce Royaume. Il s’identifie aux personnes qui sont menacées dans leur humanité. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 40.)

Dans chaque famille, il y a souvent un enfant difficile, moins agréable que les autres, un «mouton noir» qui demande toute l’attention et l’énergie des parents. Être au service de ce plus petit, c’est se mettre à l’école de Jésus, doux et humble de cœur, c’est-à-dire à l’école du plus petit. Comme tout enfant, il est signe du Royaume surtout par son exclusion, sa vulnérabilité, son besoin de salut.

Source : http://www.jacquesgauthier.com/blog2/item/25-la-famille-lieu-de-relations.html. Extrait reproduit avec la permission de Jacques Gauthier.

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