La famille : berceau, rampe et tremplin de la vie religieuse

Quand on me demande de témoigner de la place de la famille dans le choix de la vie religieuse, j’aime la comparer à trois éléments représentatifs de la croissance d’un enfant : le berceau, la rampe et le tremplin. Trois symboles évocateurs qui mettent en lumière le rôle fondamental mais trop souvent négligé de la famille dans l’accompagnement d’une vocation religieuse.

La famille comme lieu d’ancrage de valeurs et d’idéaux

Quoique très souvent reprise, l’image du berceau pour représenter la famille ne saurait mieux décrire le rôle primordial d’accueil qu’elle joue dans la vie d’un enfant. Pas surprenant que le pape François y accorde tant d’importance!

J’ai grandi heureuse en banlieue, dans une famille de classe moyenne. Fille unique, j’ai senti dès mon plus jeune âge le désir de mes parents de me transmettre un patrimoine familial riche en humanité. Je découvrirai en grandissant que les valeurs et les principes qui m’ont été inculqués avaient des racines profondément chrétiennes, sans pour autant provenir d’un environnement très fervent. J’ai appris à aimer sans avoir conscience que Dieu m’aimait en premier; j’ai appris le respect sans savoir que tous les gens que je rencontrais étaient mes frères et sœurs dans la foi. Avec le temps, j’en suis venue a discerner, dans les fondements de mon attitude et de mes choix de vie, bien plus qu’une simple conduite civilisée pour bien paraître en société.

La famille comme soutien et lieu d’expérimentation

Après s’être fait bercer, l’enfant apprend naturellement à marcher. Pour ce faire, il doit aussi tomber et apprendre à se relever. En ce sens, la rampe est un précieux outil pour guider ses pas et lui assurer une certaine stabilité.

C’est ainsi que je conçois la place de ma famille dans mon cheminement personnel : un soutien présent et accessible. Pendant les diverses étapes de mon discernement vocationnel, j’ai senti qu’il y avait des gens derrière moi. Des gens qui ne comprenaient pas toujours ma soif de Dieu, mais qui étaient là et qui m’encourageaient à tirer le meilleur de moi-même. Une rampe à ma portée, si je sentais tout à coup mes jambes vaciller… une rampe à laquelle m’accrocher, aussi, quand le vent de l’Esprit a soufflé!

La famille comme plate-forme de lancée

Le tremplin, au sens propre, est une plate-forme dont on se sert pour augmenter l’amplitude d’un saut. Au sens figuré, il s’agit d’un outil qui donne de l’élan pour atteindre un objectif. À condition de ne pas avoir peur de se mouiller!

Le «grand saut» de ma vocation religieuse a été mûrement réfléchi. Ma famille m’a donné, au meilleur de ses capacités, l’élan nécessaire à mon épanouissement personnel. Le Seigneur a fait le reste! À Son appel, j’ai répondu «oui». Mon «oui», par contre, n’aurait pu être exprimé en vérité s’il ne s’était appuyé sur mon histoire sainte personnelle, sur les valeurs qui m’ont bercée, sur la rampe qui s’est tenue fermement à mes côtés et sur le tremplin qui m’a permis de prendre mon envol.

Un appel de vaste portée

Après le choc initial de l’annonce d’une vocation religieuse et le passage obligé de l’entourage qui fait l’avocat du diable pour nous faire creuser les motivations d’un tel choix, j’ai senti une paix profonde s’installer. En moi, tout d’abord, parce que j’ai décidé d’être fidèle à l’appel du Seigneur et que cela me comble de bonheur. Paix aussi chez les autres, qui me voient marcher sereine sur le chemin de la consécration religieuse.

Je crois fermement que le Seigneur, en m’appelant à Le suivre, a aussi appelé les membres de ma famille. D’une façon différente, certes, mais petit à petit je prends conscience qu’ils font eux aussi un discernement, ne serait-ce que pour se positionner par rapport à mon choix de vie. Devant la vocation religieuse, nul ne peut rester indifférent. Tout un témoignage que de se consacrer à Dieu dans notre société actuelle! Dans un Québec qui porte encore les cicatrices de la Révolution tranquille, il n’est pas surprenant de faire face à l’incompréhension. Qu’à cela ne tienne, le Seigneur donne la force nécessaire aux ouvriers qu’Il appelle!

Même si chaque histoire est unique, j’ose avancer que le rôle de la famille est fondamental dans la vie religieuse. La personne qui s’engage dans la vie religieuse ne renonce pas à sa famille pour en joindre une autre par le biais de sa communauté. Il s’agit là d’un malentendu fréquent par lequel les proches perçoivent la vocation comme un abandon. Je suis d’avis qu’un religieux sera porté à reproduire au sein de sa communauté les éléments qui lui ont été bénéfiques dans son noyau familial, premier lieu d’évangélisation.

Inutile de chercher l’approbation des autres quand on fait la volonté du Seigneur. Tout passe et le temps et la prière arrangent bien des choses. Confiance, la route n’est pas toujours facile, mais elle est si belle! Ayons Jésus comme seul modèle : n’a-t-il pas fait face lui aussi à l’incompréhension de ses parents quand le temps est venu d’exprimer publiquement l’appel qu’il ressentait du Père? (Cf. Lc 2,48-50)

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