Jésus a besoin de nous ! Homélie de l’ordination presbytérale de Léo Villeneuve

Fête de Saint Antoine de Padoue – le 13 juin 2014

 Isaïe 61,1-3; Psaume 88 (89); Romains 12, 4-8; Luc 10,1-9

Frères et sœurs, notre frère Léo, ce père, ce grand-père, cet ami… qui est des nôtres a été appelé à l’ordre du presbytérat.

Comme vous le savez bien, le Seigneur Jésus est le seul prêtre suprême du Nouveau Testament ; mais en lui tout le saint peuple de Dieu a aussi été constitué peuple sacerdotal. Pourtant, parmi tous ses disciples, le Seigneur Jésus veut en choisir quelques-uns en particulier, pour qu’en exerçant publiquement dans l’Église en son nom la charge sacerdotale en faveur de tous les hommes, ils poursuivent sa mission personnelle de maître, prêtre et pasteur.

Jésus a besoin de nous… !

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, Jésus vient d’envoyer ses douze apôtres (Luc 9, 1-9), qui ont « annoncé la Bonne Nouvelle et fait partout des guérisons ». Cependant, « la moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ». Il reste tant de personnes à rejoindre, encore et encore !

Alors Jésus en choisit soixante-douze et les envoie « en avant de lui », pour que personne ne soit oublié dans les villes et villages qu’il va parcourir…

Curieusement, la première chose qu’il demande à ces « nouveaux ouvriers » est de prier le Maître de la moisson d’envoyer… des ouvriers. Seule la prière nous donne d’entendre l’appel de Dieu, d’être pleinement engagés à son service, tout en sachant que nous ne pourrons totalement répondre à cette mission.

Jésus nous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Certes, annoncer la Bonne Nouvelle peut provoquer des hostilités; elle a même conduit certains au martyre. Mais à notre époque reconnaissons que, parfois, le bon accueil reçu montre que les difficultés ne sont pas insurmontables, et que nos appréhensions ne font que les accroître.

Le Seigneur travaille les cœurs, suscite questionnement et recherche de sens chez certains que nous sommes appelés à « visiter », en réponse à la prière de l’Église.

Jésus dresse ici la panoplie de l’évangélisateur… à adapter à notre époque, bien sûr !

Partir dans un esprit de communion, d’unité et sans s’encombrer de tas de sécurités…

Partir avec humilité, sans chercher à forcer l’adhésion ou à séduire mais en respectant la liberté de chacun.

Proposer la bénédiction de Dieu…

Rester disponible et ne pas chercher à être efficace, à « faire du rendement » !

Accueillir avec joie ce que l’autre nous propose, nous partage : ses joies, ses souffrances, ses questions, ses révoltes peut-être aussi.

Et, surtout, annoncer par notre visage, par nos paroles, par notre vie que « Le Royaume de Dieu est tout proche »… Notre frère Leo manifeste toujours un sourire, le reflet de sa rencontre avec le Seigneur et son expérience d’avoir goûté à la « joie de l’Évangile ».

Léo est un homme qui a passé sa vie à rendre service aux autres, à prendre soin des siens et des autres,  que ce soit à la maison ou au travail, en s’occupant de son épouse, de ses enfants, de sa famille et de ses amis et aussi des malades, des personnes âgées ; un homme engagé aussi dans sa communauté, dans les sports, dans sa paroisse. Cher Léo, on peut affirmer que toute ta vie, d’une certaine manière, t’a préparé au ministère auquel tu es maintenant appelé.

Léo, tu appartiens sans doute au genre de personnes que le pape François avait en tête lorsqu’il disait lors d’une de ses premières entrevues:

« Je rêve d’une Église mère et pasteur. Les ministres de l’Église doivent être miséricordieux, prendre soin des personnes, les accompagner comme le bon Samaritain qui lave et relève son prochain. Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l’Église aujourd’hui c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol ou si son taux de sucre est trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste. Soigner les blessures, soigner les blessures… Il faut commencer par le bas. »

En ce jour, l’Église fait mémoire de saint Antoine de Padoue… Si, de nos jours, saint Antoine est surtout considéré comme celui qu’il faut invoquer quand on a perdu quelque chose d’important, une fête comme celle-ci nous donne de nous rappeler surtout comment saint Antoine a pris la défense des pauvres avec beaucoup de force et que son attitude si charitable permit aux riches comme aux pauvres de mieux recevoir le message de l’Évangile et de mieux en vivre.

Saint Antoine de Padoue fut un véritable témoin du Christ… Avec un cœur brûlé par l’amour du Christ, il marcha à sa suite et reçut l’ardeur et la joie nécessaires pour transmettre fidèlement la Bonne Nouvelle. Il n’avait qu’un seul but : celui de tourner les cœurs vers la miséricorde du Christ. « Pauvres pécheurs, disait-il, pourquoi désespérer de ton salut, puisque tout ici parle de miséricorde et d’amour. »

Alors qu’il présidait le 11 mai dernier des ordinations presbytérales le pape François disait :

« S’il-vous plaît, ne vous fatiguez jamais d’être miséricordieux ! Vous devez avoir cette capacité de pardon qu’avait le Seigneur, Lui qui n’est pas venu pour condamner mais pour pardonner. Il y a trop de douleurs de gens qui ont eu l’impression d’être critiqués, de se faire crier dessus, qui ont vu se fermer devant eux les portes de l’Église.»

 Cher Léo, à l’école de saint Antoine, puisses-tu marcher à la suite du Christ avec un grand souci de vérité, un cœur aimant, et en « laissant jaillir l’Esprit ». Dieu ne nous demande pas de « briser l’élan de notre générosité » mais de nous effacer et de le servir en disciples pauvres, doux et fidèles.

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