Heureux d’être prêtre…

Depuis ces dernières années, notre Église a connu des moments très sombres et peine encore à en sortir. Les révélations récentes de prêtres pédophiles est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Dans ce contexte, être prêtre ou le devenir exige beaucoup d’audace et de conviction. Pourtant, c’est au cœur de toutes ces tribulations que ma vocation et mon ministère de prêtre ont pris leur plus bel élan et sont devenus une source de bénédiction pour ceux et celles qui ont risqué de continuer à faire confiance au prêtre. La joie dont je rayonne aujourd’hui, je la leur dois.

Trouver sa place, suivre sa voie

Il fut un temps où devenir prêtre était une question d’honneur et de privilège pour les familles. De sorte que plusieurs sont devenus prêtres sans être appelés à ce ministère. Jésus dit : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure ». Si on n’est pas à sa place, on ne peut porter des fruits qui demeurent. En ce qui me concerne, c’est par un prêtre-témoin que j’ai trouvé ma place, grâce à son témoignage de vie toute donnée aux autres ainsi que sa joie d’être au service son Dieu. Il me fallait par la suite découvrir le maître, purifier mon regard sur Dieu, sur la religion, sur moi-même et enfin porter ma croix pour marcher chaque jour avec lui ; bref, suivre ma voie. Cela m’a pris le temps nécessaire de cette purification. Mais ce n’était qu’un passage obligé.

Une rencontre qui change tout

Lorsqu’on considère l’appel de premiers apôtres, on réalise comment ils étaient fascinés par Jésus, de sorte qu’André a amené son frère Pierre le rencontrer. Dans les évangiles, Jésus est celui qui vient donner sens à la vie de plusieurs personnes laissées pour compte. C’est pourquoi des foules le suivaient : il était désirable et désiré par plusieurs. Sans une rencontre avec un Jésus fascinant, la prêtrise devient un fardeau dur à porter au quotidien. Au début de ma vocation et de mon sacerdoce, j’étais encore comme Job qui connaissait Dieu par ouï-dire. De fait, mes connaissances étaient limitées au petit Jésus de l’histoire, jusqu’au jour où des frères en Christ m’ont aidé à faire l’expérience de la rencontre avec Jésus Vivant ; c’est alors que ma vie et mon ministère presbytéral ont pris un tout autre sens. Ils sont devenus une réponse joyeuse d’amour à l’amour que Jésus m’a manifesté le premier.

Habité et non plus habitué

Depuis lors, des choses que je faisais par habitude ou par obligation avaient perdu leur raison d’être. Aujourd’hui, prier, lire et méditer la Parole, partager la Parole, se mettre en route pour évangéliser et marcher dans la fidélité sont devenus des gestes de conviction et non d’habitude. Par ces gestes, qui visent à témoigner de ma foi avec joie, je suis conscient que je participe à la mission du Christ confiée à ses apôtres et que l’Église de Jésus Christ a la mission de perpétuer. Et participer à cette mission du Christ me procure beaucoup de joie et de bonheur. Lorsqu’on est habité, la joie n’est plus juste une question de grâce divine, mais aussi le fruit d’une décision personnelle de tous les jours.  Cela provoque de la reconnaissance.

Une vie de résurrection

Depuis lors, en dépit de certains pensent des prêtres, je suis fier de témoigner que ma rencontre personnelle avec le Christ le Vivant m’a fait expérimenter la résurrection dans ma vie de prêtre et mon ministère. Se faire un don de Dieu pour son peuple engage tout mon être dans un amour gratuit, comme Marie, pour devenir un instrument de salut pour les autres. Se laisser transformer par le Christ fait de moi chaque jour une offrande joyeuse dans les mains de Dieu et révèle en même temps sa présence en moi. Nourrir cette joie par la Parole de Dieu – malgré les difficultés inhérentes à toute vie – m’affermit dans le désir de le connaître davantage pour mieux le révéler. À cause de cette rencontre, le prêtre fonctionnaire en moi a cédé sa place au prêtre pasteur, au cœur embrasé, joyeux et fier de faire partie de la fraternité sacerdotale.

Un seul désir habite mon cœur

La Bible est pleine de passages qui invitent à la joie. Celle-ci est la marque de reconnaissance du disciple qui a rencontré un Jésus fascinant. Personnellement, il m’a fallu des années pour découvrir la joie d’être prêtre car, je me considérais comme le fils aîné des évangiles au service de son Père, au lieu d’être un fils qui partage et prend soin de l’héritage de son père. Si à cause de certains prêtres qui ont commis des abus, des milliers de personnes ont perdu confiance en Dieu et en l’Église, j’aimerais être de ces prêtres par lesquels de milliers d’autres retrouvent cette confiance. Je prie Dieu pour qu’en toutes circonstances, mes paroles, mes pensées, mon ministère soient habités par la joie du Christ.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *