Être un instrument de Dieu – Entrevue avec l’abbé Dominic Richer

Dominic Richer a été ordonné prêtre le 11 mai 2012. Depuis, il est au service de la paroissse St-Joachim de Pointe-Claire comme vicaire.

Avant de discerner que son appel était de devenir prêtre diocésain pour l’Église de Montréal, Dominic a cheminé avec la famille des Capucins pendant 4 ans. Propos recueillis par Chantal Jodoin, directrice du Centre PRI.

Dominic Richer

Êtes-vous déjà allé en voyage organisé? En septembre 2013, j’accompagnais un groupe en Italie dans le cadre de la canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II. Comme tout voyage organisé, afin que celui-ci soit réussi, il est préférable que l’horaire proposé soit respecté afin que tout se déroule sans trop d’accrocs.

Or, un matin, rien ne fonctionnait. Nous devions être à St-Jean du Latran pour 9h. L’organisateur du voyage insistait pour que je prenne un autobus en particulier qui n’arrivait pas… j’ai proposé en prendre un autre, mais lui ne voulait pas… Le temps passait… 8h…9h…9h30…10h… toujours rien ! Là, je me suis tanné! Si nous ne voulions pas passer la matinée sur le coin d’une rue, il fallait agir! Nous avons donc pris l’autobus que j’avais initialement proposé et nous sommes arrivés à St-Jean du Latran à 11h30… avec plus de deux heures trente de retard !

Pour être franc avec vous, cela ne me tentait plus d’y aller… tout était chamboulé…nous étions désorganisés mais comme nous y étions… aussi bien en profiter…

Pendant que le groupe visitait l’endroit, je me suis retiré afin d’aller prier dans une des chapelles latérales. Là, devant moi, un jeune était assis en prière. Je lui donne tout au plus 25 ans. À mon avis, c’est un pèlerin puisqu’il a un sac à dos et un matelas roulé. Cependant, il ne porte aucun foulard distinctif… il ne doit pas voyager avec un groupe…

Alors que je suis en prière, je sens une voix montée en mon cœur. Elle me dit : « Ce jeune est appelé à devenir prêtre. Dis-lui. Il parle français. » N’oublions pas que nous sommes en Italie et que je ne connais personne dans cette chapelle ! Qu’est-ce qui me dit que ce jeune parle français?  Voyons donc ! Voir si je vais me lever pour aller lui dire qu’il est appelé à devenir prêtre… cela n’a pas d’allure. Y es-tu fou ?!?! … Non, cela doit être mon imagination…

Pendant que je suis en dilemme avec moi-même, le jeune se lève et sort de la chapelle… Ouf! … Je dis alors au Seigneur : « Seigneur, si je le revois, je vais aller lui parler. »

Pour être certain qu’il est bien parti, je reste un bon moment à la chapelle, en prière. Après une longue, très longue attente, je me lève et me rends à une autre chapelle latérale où le saint sacrement est exposé. Je m’y assois et, à nouveau, je prie …

Qui vois-je passer à côté de moi ? Eh oui, le même jeune. Il s’assoit devant moi et prie.  Je dois me rendre à l’évidence, il faut que je lui dise ces paroles qui sont montées en moi. Je me lève, sors de la chapelle et l’attends.

Le jeune sort. Je l’apostrophe :

« Bonjour ! »

Le jeune me répond : « Bonjour ! »  (Eh bien, il parle français.)

« Tu parles français ? »

Le jeune : « Oui »

Je me lance donc, sans détour…

« Je pense que tu es appelé à devenir prêtre. »

Le jeune : « Comment savez-vous cela ? »

Je poursuis :

« Le Seigneur m’a vraiment interpellé fort et je dois te dire : «Fais confiance à l’appel que tu as reçu dans ton cœur et répond à cet appel. Fonce, vas-y ! »

Le jeune, étonné, me dit : « Je suis venu ici, en pèlerinage, tout seul de Paris. Je m’appelle Sébastien et j’ai 24 ans. Cela fait une semaine que je suis ici, à prier, et je n’avais aucune réponse. Je repars demain… Vous êtes ma réponse… »

La conversation n’a duré que quelques minutes, il s’est éloigné et après quelques pas, s’est prise la tête dans les mains. De mon côté, j’ai été rejoindre mon groupe et j’ai poursuivi ma route.

Qu’est-ce que je retiens de cette expérience ?

Le premier enseignement, c’est qu’il ne faut pas chercher à tout contrôler, à tout planifier! Il faut être à l’écoute de l’Esprit Saint et accepter que ce soit lui qui nous guide.

Dieu avait son plan pour moi, il avait besoin de moi pour parler à ce jeune. Ainsi, ce n’est pas pour rien que le fameux autobus n’arrivait pas le matin… il fallait que je croise la route de Sébastien. Dieu avait besoin que je lui parle pour lui dire les mots qu’il désirait entendre afin de répondre à son questionnement…

« L’Esprit Saint souffle où il veut, quand il veut. » (Jn 3,8) C’est exactement cela qui j’ai expérimenté. De mon côté, je dois être comme une boule de papier au vent… je dois accepter d’être malléable, d’être ouvert à l’inconnu… je dois accepter de me laisser guider.

Le deuxième enseignement, c’est qu’il faut avoir de l’audace, qu’il faut oser interpeller, surtout au niveau vocationnel ! La première fois, dans la chapelle, ma raison a eu le dessus. J’ai agi comme Jonas a fait dans l’Ancien Testament… Je cherchais toutes les défaites possibles pour ne pas aller parler à ce jeune. Je ne voulais pas écouter mon cœur… J’ai même osé dire à Dieu que je parlerais à ce jeune s’il le remettait sur ma route… et j’ai agi de façon telle que je désirais être certain de ne pas le croiser à nouveau … pourtant…

Avec le recul, je me rends compte que Dieu avait besoin de moi pour que je sois son instrument. Dieu devait passer par quelqu’un pour donner à ce jeune ce signe tant attendu pour le conforter dans sa décision… Or, j’avais le choix, j’aurais pu me taire…

Que ce serait-il passer alors pour ce jeune ? Il serait peut être retourné chez lui sans avoir obtenu le signe tant attendu… Est-ce que d’autres ont été interpellés avant moi et n’ont pas donné suite… je ne peux le dire… sauf que je réalise qu’il est bon de laisser parler son cœur et parfois de mettre sa raison en sourdine… en agissant ainsi, je me suis mis au service de Dieu afin d’être son instrument.

C’est cela le message le plus important que je désire partager. Nous sommes les instruments de Dieu, pas seulement les prêtres, mais tous les baptisés. Or, pour cela, nous devons être à l’écoute et laisser l’Esprit Saint agir en nous… et surtout, oser agir et interpeller.

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