Découvrir l’accompagnement spirituel (Partie 1 de 3)

L’accompagnement spirituel fait partie de l’expérience de discernement chrétien, mais encore plus du discernement vocationnel. Mais cela reste mystérieux, car on peut être le seul dans notre entourage à le rechercher. Pour y voir plus clair, nous avons posé nos questions au Père Daniel Renaud, o.m.i. Il est aumônier à l’Université Saint-Paul d’Ottawa et est un accompagnateur spirituel apprécié. Il accompagne de nombreux jeunes étudiants et des personnes de la communauté universitaire.

Julie Tanguay : Pourriez-vous nous expliquer les différents termes liés à l’accompagnement spirituel ? Quelles sont les différences entre un accompagnateur spirituel, un directeur spirituel, un père spirituel ou une mère spirituelle?

Daniel Renaud : « Père spirituel » vient de la tradition monastique. Les racines de l’accompagnement spirituel se retrouvent chez les pères et les mères du désert. C’étaient des personnes qui s’isolaient de la culture urbaine et vivaient une discipline de mortification et de sanctification loin de la corruption des grands centres. Ils priaient la Parole de Dieu et se centraient sur leur expérience de Dieu dans un lieu hostile propice au silence et combat spirituel. Pour les visiter, on devait se rendre vers leur grotte ou à la base d’une colonne. Ce sont les premiers accompagnateurs spirituels et les gens venaient de loin pour les consulter. Des pèlerins marchaient de nombreuses heures et allaient voir le père afin de lui poser des questions. Ils demandaient au père ou à la mère spirituelle de leur donner une parole à méditer. Les pèlerins repartaient avec cette perle de sagesse spirituelle. Ce n’était pas un dialogue prolongé. C’est une vision de l’accompagnateur où la personne était un vaisseau de sagesse auquel le pèlerin avait accès.

La direction spirituelle est un terme employé en anglais assez souvent ; on dit the director et the directee. Il y a plus de 400 ans, saint Ignace de Loyola utilisait le terme ‘celui qui donne les Exercices’. Il y a plusieurs approches de direction spirituelle, dont par exemple, la carmélitaine, mais l’approche «ignatienne» est probablement celle qui a eu la plus d’influence. La direction spirituelle pourrait signifier de « diriger la personne ». Il y a donc une inégalité à l’intérieur de la relation : la personne qui dirige donne des conseils spirituels et prend en charge le processus de l’accompagnement. C’est un modèle plus ancien ou la source de l’autorité au niveau ecclésiologique et théologique, est le directeur.
Dans une vision plus moderne, on parle plutôt d’accompagnement. L’accompagnateur spirituel accompagne l’autre dans son cheminement spirituel. Il s’agit de quelqu’un qui facilite le dialogue et pose des bonnes questions au bon moment. Cette personne peut faire des suggestions, mais ne donnera pas des conseils spirituels du type : « vous devriez faire ça ». L’accompagnement spirituel est plutôt un trialogue. Ce n’est pas un dialogue, parce que Dieu fait toujours partie de la conversation et donc de l’accompagnement. Dieu est toujours présent, parce qu’il parle à l’accompagnateur et à la personne accompagnée.

Pour faire la différence entre un directeur et la personne qui fait les exercices, saint Ignace appelait l’un « celui qui donne les exercices » et l’autre « l’exercitant », c’est-à-dire celui qui fait les exercices. Certaines traductions ont utilisées le terme «directeur» mais saint Ignace insiste sur le fait que la personne fait vraiment le travail et est orientée, sans être nécessairement dirigée. À l’origine, l’accompagnement possède une notion plus partagée de l’autorité. L’action de l’Esprit de Dieu est vécue et vérifiée par l’accompagnateur et l’accompagné dans un processus de discernement mutuel.

À mon avis, utiliser le terme d’accompagnement spirituel est beaucoup plus respectueux du cheminement de la personne. Je demande souvent à ceux et celles qui font de l’accompagnement : quelle est la métaphore qui décrit l’accompagnement ? Est-ce une métaphore où la personne accompagnée fait entièrement partie du cheminement ? Si par exemple, un accompagnateur spirituel affirme que sa métaphore est celle du berger qui guide ses brebis, il dirige avec la vision « d’où aller » et de faire partie d’un troupeau. C’est une image classique pour l’accompagnement et elle peut être très pastorale. N’oublions pas que c’est une image employée par Jésus qui fait partie de la réalité anthropologique de la Bible. Par contre, chez un accompagnateur elle peut cacher une vision plus directive et voir même rigide de l’accompagnement.

Selon moi, il faut bien déplier les métaphores, ainsi que trouver celles qui stimulent l’imagination et encouragent une vision de plus riche l’accompagnement. Un des grands accompagnateurs jésuites utilise la métaphore de l’accompagnateur comme une sage-femme. L’image n’est certainement pas biblique. Mais elle est liée à l’œuvre de l’Esprit Saint à l’intérieur d’un cheminement spirituel. L’accompagnateur se voit comme quelqu’un qui accompagne l’autre qui fait le gros du travail. L’accompagnateur aide, mais le travail est véritablement fait par la personne qui « accouche » de sa relation avec Dieu et qui doit respirer l’Esprit Saint pour y arriver. Le rôle de l’accompagnateur est donc de s’assurer que la personne respire (discerne) bien, qu’elle est dans un climat de confiance et de sécurité et que, bref, toutes les conditions maximales de connaissances et de préparations soient présentes pour que l’accouchement puisse bien se dérouler.

La métaphore de la sage-femme explique ce que j’essaie de dire par le trialogue. J’utilise surtout cette image, car elle met en relief que Dieu est toujours prêt à faire du nouveau dans nos vies. L’accompagnateur est là pour assister et favoriser cette transformation; cette nouvelle naissance, cette conversion. L’accompagnateur doit aussi bien respirer, écouter et même invoquer l’Esprit Saint. La personne accompagnée est toujours invitée à faire la plus grande part du travail par ses réflexions, ses idées, ses images et sa réflexion sur ses expériences de Dieu. La personne qui accompagne agit comme un facilitateur plutôt qu’un dirigeant qui oriente sur une voie spécifique.

J.T : Souvent quand on pense à une question vocationnelle, – surtout devenir prêtre, religieux ou religieuse -, la première recommandation pressante est d’aller chercher de l’accompagnement. Est-ce vraiment un indispensable? Une obligation?

D.R. : Dans l’Église et la plupart des communautés religieuses dans l’hémisphère nord, il y a plusieurs forces culturelles qui poussent vers l’individualisme. Quand une personne se fait recommander l’accompagnement spirituel, la réponse peut être : « Moi, je suis capable de faire cela tout seul, c’est entre moi et Dieu ». Je vais répondre à ta question par une autre question : La croissance spirituelle n’est-elle pas une réalité communautaire? Si elle est profondément communautaire, la partager ne devrait-il pas l’être aussi?

D’ailleurs, la nécessité d’avoir une personne à qui parler, c’est comme dans toute relation : si tu es en relation avec quelqu’un et que tu ne communiques pas avec cette personne, comment la relation va-t-elle s’approfondir? Comment penses-tu, au niveau vocationnel, intensifier ton discernement ou ta manière de te donner, si tu n’as pas l’aide d’une autre personne? C’est une aide qui offre le regard de l’Église sur le vécu. Comment la vocation religieuse ou une vocation comme laïc est-elle reçue par l’Église? C’est un moyen de vérifier avec une autre personne que tu es sur la bonne voie mais surtout que tu as l’aide que l’Église t’offre pour que tu chemines. D’ailleurs, c’est à la racine de l’accompagnement : les pères et mères du désert disaient que pour qu’il y est discernement, il est nécessaire d’avoir une conversation avec un père ou une mère spirituelle. La croissance ne se vit pas en vase clos.

C’était un moyen de s’assurer de suivre la volonté de Dieu, telle qu’elle se manifeste à l’intérieur d’une relation où l’Esprit Saint prend beaucoup de place et ton ego en prend de moins en moins. Ce n’est pas une question de détruire l’ego, mais plutôt de reconnaître quand ça vient de moi et quand l’inspiration vient vraiment de Dieu. Pour le vérifier, c’est important d’être en conversation avec quelqu’un qui peut dire : Penses-tu que ça vient de Dieu? La personne peut alors discerner d’une manière plus adéquate et avec une plus grande liberté intérieure.

La nécessité d’avoir un accompagnateur ou une accompagnatrice est réelle, elle est là pour accélérer le processus et surtout approfondir la vie spirituelle déjà présente. La plupart des gens que j’ai accompagnés m’ont dit qu’ils ont vécu une accélération et une intensification de leur vie spirituelle. L’accélération n’est pas en termes de temps, mais plutôt des réponses, et même des questions qui deviennent plus claires et des enjeux qui se précisent davantage quand elles sont misent dans un espace de dialogue.

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