À l’ère des témoins – L’importance du témoignage (Partie 1 de 3)

Quand une question vocationnelle nous habite, on se tourne naturellement vers les « témoins » pour y voir plus clair : Suis-je attiré par la vie de tel prêtre ou celle de tel couple marié? Ça m’éclaire-t-il pour découvrir mes désirs et mes soifs? Tel choix de vie me ressemble-t-il et me conduit-il à suivre plus profondément le Christ? Il semblait naturel de creuser le témoignage chrétien, afin de clarifier cette importante dimension du discernement. Qui de mieux pour répondre à nos questions que le P. Pierre-Olivier Tremblay, o.m.i.? Tout au long de notre entrevue, le P. Pierre-Oliver, curé de la Paroisse du Sacré-Cœur, nous communique sa passion pour le témoignage.

Partie 1 de 3 : L’importance du témoignage

Julie Tanguay : Comment êtes-vous venu à vous intéresser au témoignage ?

Pierre-Oliver Tremblay : J’ai vécu une expérience très forte à l’âge de 14 ans qui a été un tournant dans ma vie. Un de mes amis m’avait donné un livre et m’a dit : « Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que tu vas aimer ça ». C’était un livre de témoignages de jeunes qui vivaient différents types de problèmes comme l’alcool, la drogue, la sexualité, la violence, mais d’autres avaient une vie bien normale. Tous avaient été touchés par l’Évangile. Ça m’a amené à m’interroger sur l’importance de l’Évangile dans leur vie et à décider finalement de la lire.

Je pense que le témoignage, – je l’ai expérimenté moi-même dans les témoignages que j’ai entendu et ceux que j’ai donné -, a une force que le discours n’a pas. Le discours peut mettre de l’avant des idées, des opinions, des arguments avec plus ou moins de force, mais ça demeure conceptuel. Le témoignage s’insère plutôt dans la trame d’un récit. Immédiatement, les auditeurs sont saisis par les récits. Ça leur permet d’aller plus loin dans les enjeux que discuter tout simplement. Ce que je constate aussi est que le récit donne une capacité à celui qui écoute de le recevoir. Je m’explique. Si je te donne un argument, tu vas me dire si tu juges que c’est vrai ou non. C’est de l’ordre du débat. Si je te raconte ce que j’ai vécu, tu es obligée d’accepter que c’est ce que j’ai vécu. Ce n’est peut-être pas pour rien que la Bible est modelée par des récits et des témoins.

Le témoin ultime est Jésus lui-même. Le Verbe s’est fait chair. L’idée du témoignage est justement dans cette perspective de l’Incarnation. Alors pour nous les chrétiens, le témoignage est tout à fait cohérent avec la manière dont Dieu a communiqué avec nous et comment il veut se communiquer aux autres. Ça a été mon expérience. On ne m’a pas convaincu de lire les évangiles, mais les récits des autres m’ont impressionné et m’ont conduit à me demander si c’était pour moi aussi. Le témoignage laisse une liberté à l’auditeur.

Dans le monde d’aujourd’hui, je crois que nous avons à réapprendre le témoignage. Le monde est de plus en plus pluraliste. Ça signifie qu’il faut à nouveau apprendre à s’exprimer et parler au « je », ainsi que dire en quoi notre foi est importante et fait une différence. Le monde pluraliste demande aux chrétiens de se décider de l’être ; le conformiste ne suffira plus.

Le contexte social actuel, la nature même du message évangélique, ainsi que mon expérience personnelle m’ont amené à voir que le témoignage est une chemin d’Évangile pour aujourd’hui.

J.T. : Pourriez-vous nous partager un peu plus sur l’importance d’être témoin pour l’Église?

P.O.T. : C’est central. Depuis le début, l’Église a reconnu l’importance des modèles : les saints et les saintes par exemple. Ces modèles nous montrent des personnes qui vivent l’Évangile, avec tout ce qu’ils sont. Nous avons besoin de modèle, car ça nous inspire. L’idée du témoignage provient aussi de l’idée de l’incarnation, donc on a un Dieu qui se dit en récit. L’essentiel de la foi chrétienne est de lire Dieu qui agit dans l’histoire. Pour les chrétiens, le témoignage est attitude fondamentale, parce qu’elle part de cette conviction profonde que Dieu a agi et agit. Dieu est à l’œuvre dans nos familles, dans nos milieux, dans nos rencontres, dans les événements. Si on croit cela, le témoignage devient la terre natale du récit chrétien, car c’est là qu’on est cohérent : si Dieu est à l’œuvre dans l’histoire, on en parle.

Une phrase bien connue de Paul VI dit que le monde moderne écoute davantage les témoins que les maîtres. Le témoignage parlé représente un petit pourcentage. En général les témoignages sont plutôt la manière de vivre. Je suis témoin par ma cohérence, mon intégrité, avec mes limites et mes désirs de grandir. Être témoin, c’est d’abord une manière d’être. Quand l’occasion se présente, à la lumière de la prière, il faut se lancer. Parfois on n’ose pas assez se dire, parfois on parle trop dans un contexte qui n’est pas propice. Il faut développer un discernement, mais il ne faut pas s’inquiéter si on se trompe. Ça arrive. Ça m’est arrivé souvent. Avec l’expérience, on se rend compte que là j’ai été trop vite ou que j’aurais pu être plus audacieux. On ne naît pas témoin. On devient témoin. On a apprendre à le devenir : la manière de vivre, le parler, quand c’est le bon moment. L’attitude de foi peut être de dire : Seigneur, si tu veux passer à travers moi, je suis disponible ; ce n’est pas moi que je veux mettre de l’avant.

Partie 2 de 3 : L’ABC du témoignage
Partie 3 de 3 : Tour d’horizon sur témoignage et vocations 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *