Témoins
À l’ère des témoins – L’ABC du témoignage (Partie 2 de 3)

À l’ère des témoins – L’ABC du témoignage (Partie 2 de 3)

Suite à la première série de questions sur l’importance du témoignage, la partie 2 explore le « comment » du témoignage.

Julie Tanguay : Qu’est-ce qui doit nous « habiter » pour nous dire que c’est le temps de témoigner ? Quelles sont les mauvaises raisons d’être témoin ?

Pierre-Olivier Tremblay : Le témoignage, ce n’est pas facile, car ça rend vulnérable. Témoigner, c’est accepter de se donner un peu. Il y a des contextes qui sont favorables, d’autres le sont moins. Il y a des gens qui dans certains milieux ne seront pas réceptifs.

Alors il y d’abord comment témoigner. Il faut se respecter soi-même. Il ne faut pas tout dire. Certains témoignages causent un malaise, parce qu’il y a une sorte de « mise à nu ». Trop se dévoiler, ce n’est pas bon. On n’est pas là pour se décharger d’un fardeau en le racontant à tout le monde. Pour faire un témoignage, il faut être guéri des éléments de blessure de sa vie. Il faut donc intégrer les enjeux de son histoire pour en parler avec sérénité. Il faut un respect de soi-même et une bonne pudeur. Mais il ne faut pas être trop vague, car ça ne voudra rien dire. Il faut un bon dosage.

Dans l’attitude, le témoin est rapidement appelé à prendre conscience qu’il n’est pas meilleur qu’un autre. Si je fais un témoignage, ce n’est pas parce que je suis supérieur. J’ai déjà vu, mais c’est plutôt rare, que certains témoignaient pour dire : « Regardez, moi je l’ai l’affaire ». En réalité, nous avons tous quelque chose à dire et toute histoire humaine mérite d’être racontée. Parfois on me dit : « Ma vie est plate, je n’ai rien à dire ». Tout est en fait dans la manière de la lire. Chaque histoire a une richesse évangélique. Pour bien témoigner, il faut de l’humilité. Puis le témoignage chrétien, ce n’est pas la même chose qu’un témoignage personnel. Un témoignage chrétien, c’est répondre à question : Qu’est-ce que Dieu fait dans ma vie? C’est l’action de Dieu qui est mis de l’avant. Il s’agit de montrer à travers son existence, – dans ses fragilités et ses beautés -, l’action de Dieu.

J.T. : Parfois le témoignage peut causer un regard lourd à porter, même si le témoignage est fait de manière appropriée. Comment le vivre ? Le témoignage n’a-t-il pas un coût que nous ne sommes parfois pas prêts à payer ?

P.O.T. : C’est tout à fait juste. Ce n’est pas facile d’être témoin. Il y a des témoins qui témoignent « contre »  par leur foi. Ils veulent honorer Dieu et dénoncer le monde pécheur. C’est sûr que ça crée assez spontanément l’hostilité. Mais même si c’est un témoignage plus positif, le fait d’avoir quelque chose d’autre que la société n’a pas généralement, ça peut être suffisant pour créer de l’hostilité. C’est perçu comme certains : « Es-tu en train de me dire que ma vie n’est pas complète? » Sans juger et être moralisateur, ça dit aux personnes que leur vie est incomplète.

Il ne faut pas être naïf : beaucoup d’actions d’Église ont fait lever les boucliers et ont rendu des personnes mal à l’aise. C’est par exemple l’image du « casseur de party » qui juge continuellement ou l’image de la parfaite. Assez spontanément les personnes se protègent. Mais même quand c’est positif, il y a de la résistance. Ultimement, il faut le nommer. Le pape François le disait récemment : c’est le mystère de la croix. Le message chrétien ne pourra jamais être rendu tout à fait attrayant et assimilable. Il faut se rendre compte de l’élément qui heurte, sans toutefois devenir victime. C’est la nature humaine : on résiste au changement et le message de l’Évangile dérange. Être témoin, c’est soi-même être dérangé par l’Évangile et à certains égards être dérangeant. Ce n’est pas pour rien que des chrétiens hésitent de témoigner et choisissent plutôt la voie du silence. Intuitivement, on sait qu’il y a un prix à payer. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut perdre sont travail ou dénoncer le monde. Il faut être responsable et être professionnel. Dans une société sécularisée, il y a certaines choses qu’on peut faire et d’autres non. Mais en même temps faut-il pour autant mettre notre foi sur des tablettes? La question va devenir de plus en plus pressante. Il faut réfléchir à une façon contemporaine de vivre notre foi dans le monde.

Partie 1 de 3 : L’importance du témoignage
Partie 3 de 3 : Tour d’horizon sur témoignage et vocations

 

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